
La cuisine boréale d’exception ne se trouve pas, elle se décode : sa maîtrise réside moins dans l’adresse du restaurant que dans la capacité du convive à en lire la grammaire.
- La saisonnalité n’est pas une contrainte mais le fondement du goût : un crabe des neiges d’avril n’a rien à voir avec celui de juin.
- Le choix du produit (gibier, épice, crustacé) doit être guidé par son profil de saveur et sa texture, non par son exotisme.
- L’expérience ultime est une fusion entre la table et la philosophie du lieu, où le silence et l’art prolongent la dégustation.
Recommandation : Abordez chaque repas non comme une consommation, mais comme une lecture de terroir, en questionnant la provenance, la saison et l’intention du chef.
L’évocation de la cuisine boréale convoque immédiatement des images de forêts denses, d’ingrédients sauvages et d’une nordicité presque mystique. Pour le gastronome en quête d’authenticité, la question n’est plus simplement « Qu’est-ce que la cuisine boréale ? », mais bien « Où trouver son expression la plus juste, la plus raffinée ? ». Trop souvent, la réponse se résume à une liste d’établissements en vogue, une collection d’adresses où l’on coche une case « expérience » sans en saisir la substance. On y parle de poivre des dunes, de sapin baumier et de lichen comme de simples curiosités botaniques, oubliant qu’ils sont les mots d’un langage gustatif complexe.
La véritable quête ne consiste pas à courir après la dernière table à la mode, mais à acquérir les clés de lecture de cette gastronomie exigeante. Car si la véritable clé n’était pas l’adresse, mais l’approche ? Si, pour apprécier pleinement le travail d’un chef qui dialogue avec le terroir, il fallait d’abord apprendre à décoder sa grammaire ? C’est le parti pris de ce guide. Nous n’allons pas vous donner une simple carte, mais une boussole. Nous allons déconstruire les mythes, analyser les saveurs, et vous donner les outils pour transformer une simple sortie au restaurant en une véritable exploration intellectuelle et sensorielle de la Nouvelle Cuisine Québécoise.
Cet article est structuré pour vous guider, pas à pas, dans cette lecture approfondie de l’assiette boréale. Du décryptage des épices à la compréhension de l’éthique de la cueillette, chaque section est une clé pour ouvrir une nouvelle porte de la perception gastronomique.
Sommaire : L’art de déchiffrer la gastronomie boréale du Québec
- Poivre des dunes et thé du Labrador : comment ces épices sauvages changent-elles le goût d’un plat ?
- Cerf, wapiti ou bison : quel gibier choisir pour une première expérience gustative douce ?
- Aliments du Québec : comment ce logo garantit-il la provenance de votre assiette au restaurant ?
- L’erreur d’espérer une table au Pied de Cochon le samedi soir sans réserver 2 mois avant
- Crabe des neiges ou homard des Îles : quelle est la meilleure saison pour chaque crustacé ?
- Myrtilles ou plantes toxiques : comment cueillir des petits fruits en sécurité ?
- L’erreur de parler fort dans les bains scandinaves qui brise la règle de silence
- Où découvrir la scène artistique émergente de Montréal en dehors du Quartier des Spectacles ?
Poivre des dunes et thé du Labrador : comment ces épices sauvages changent-elles le goût d’un plat ?
Réduire les épices boréales à de simples substituts exotiques est une erreur fondamentale. Le poivre des dunes n’est pas une alternative au poivre noir ; il est une signature aromatique à part entière, une immersion olfactive dans la forêt québécoise. Il ne s’agit pas d’assaisonner, mais de parfumer, d’infuser un plat d’une âme forestière. Pour le gastronome, comprendre cette nuance est la première étape vers une appréciation juste. La puissance de ces épices réside dans leur complexité, un spectre de saveurs qui évolue en bouche et transforme la perception d’une viande ou d’un légume.
L’utilisation de ces trésors botaniques par un chef n’est jamais anodine. Elle témoigne d’une intention précise : créer une résonance entre l’assiette et le paysage. Le thé du Labrador, avec ses notes rappelant la mandarine et le sapin, n’apporte pas qu’un goût, mais une atmosphère. Comme le décrit avec poésie l’herboristerie Floèm Tea :
Le poivre des dunes possède un arôme riche et complexe qui rappelle bien la forêt. Il a des notes résineuses et boisées, rappelant le sapin baumier et le cèdre, complétées par des touches florales, presque musquées, et des notes subtilement fruitées qui penchent vers les agrumes.
– Floèm Tea, Article sur le poivre des dunes (aulne crispé) et ses bienfaits
Cette complexité exige une maîtrise technique. Les chefs ne se contentent pas de saupoudrer ; ils infusent, macèrent et extraient pour capturer l’essence de l’épice sans en trahir la délicatesse. Comprendre ces techniques permet d’apprécier la virtuosité derrière un plat en apparence simple.
Cette image révèle la texture résineuse du poivre des dunes, un indice visuel de la concentration d’arômes que le chef cherche à extraire. Apprécier un plat boréal, c’est aussi savoir reconnaître comment ces saveurs volatiles et précieuses ont été préservées jusqu’à l’assiette.
Plan d’action : maîtriser la signature aromatique boréale
- Infusion à froid dans l’huile : Concassez légèrement des chatons de poivre des dunes et laissez-les infuser dans une huile neutre pour créer une huile de finition qui capte les notes résineuses sans amertume.
- Sirop aromatique concentré : Préparez un sirop simple (1:1), retirez du feu et infusez-y du thé du Labrador hors-feu pendant 10 minutes. Filtrez pour obtenir une base de cocktail ou une laque pour dessert.
- Macération dans le sirop d’érable : Tiédissez du sirop d’érable Foncé (pour ses notes robustes) et faites-y macérer du thé du Labrador. Cette technique est idéale pour laquer un saumon ou un morceau de gibier avant la cuisson finale.
- Poudre fraîchement moulue : Concassez le poivre des dunes au mortier juste avant de servir. La chaleur du pilon libère les huiles essentielles, offrant une puissance aromatique maximale. Utilisez-le comme une fleur de sel, en touche finale.
- Vinaigre aromatisé : Intégrez des chatons de poivre des dunes ou des feuilles de thé du Labrador dans un vinaigre de cidre de qualité et laissez macérer plusieurs semaines pour une vinaigrette au caractère boréal unique.
Maîtriser cette grammaire des épices est le premier pas. Le suivant est de savoir comment elle s’applique à la substance même du plat : la protéine.
Cerf, wapiti ou bison : quel gibier choisir pour une première expérience gustative douce ?
Le choix du gibier est un moment décisif dans l’exploration de la cuisine boréale. Pour le néophyte, l’appréhension d’une saveur « forte » ou « sauvage » est souvent un frein. Or, un chef d’exception sait justement moduler cette intensité. Le secret n’est pas de masquer le goût du gibier, mais de guider le convive en lui proposant une progression logique. Le cerf d’élevage, avec sa saveur douce et sa texture fondante, représente souvent le point d’entrée idéal. Il sert de toile de fond sur laquelle les garnitures boréales (champignons, baies) peuvent s’exprimer sans être dominées.
Le wapiti et le bison offrent des expériences plus affirmées, mais tout aussi raffinées. Le wapiti présente une texture ferme mais tendre, avec un goût plus prononcé que le cerf, qui se marie admirablement avec des réductions corsées au thé du Labrador. Le bison, quant à lui, séduit par sa saveur riche et ses notes herbacées, exigeant une cuisson précise (rosée, voire saignante) pour ne pas durcir sa chair très maigre. Le choix ne se résume donc pas à « quel animal ? », mais plutôt à « quelle étape de mon parcours gustatif ? ».
Le tableau suivant, véritable boussole pour le gastronome, ne se contente pas de lister des options ; il propose une lecture du terroir en associant chaque gibier à sa coupe, sa cuisson et sa garniture boréale la plus juste, comme le détaille une analyse des assiettes boréales par des experts de la gastronomie québécoise.
| Type de gibier | Coupe recommandée pour débutants | Profil de saveur | Méthode de cuisson idéale | Garniture boréale suggérée |
|---|---|---|---|---|
| Cerf d’élevage | Filet (la plus tendre) | Douce, légèrement sucrée, notes de terroir subtiles | Cuisson rosée à basse température | Purée de topinambour, champignons matsutake, baies d’argousier |
| Wapiti d’élevage | Contre-filet | Plus prononcée que le cerf, texture ferme mais tendre | Grillé ou poêlé rapidement | Réduction au thé du Labrador, légumes-racines rôtis |
| Bison d’élevage | Faux-filet (éviter jarret et épaule en première expérience) | Saveur riche, légèrement plus forte, notes herbacées | Cuisson courte à feu vif (saignant à rosé) | Sauce au sirop d’érable fumé, purée de courge, myrique baumier |
Le véritable raffinement d’une table boréale se mesure à sa capacité à proposer cette initiation progressive. Un grand restaurant ne vous imposera pas le bison d’emblée ; il vous interrogera, vous guidera, et fera de votre première dégustation de gibier une révélation douce plutôt qu’un choc.
Mais au-delà du choix de l’animal, une question de fond demeure : comment s’assurer que ce qui est dans notre assiette provient réellement du terroir promis ?
Aliments du Québec : comment ce logo garantit-il la provenance de votre assiette au restaurant ?
Dans un monde où le terme « local » est souvent galvaudé, le gastronome exigeant a besoin de garanties, pas seulement de promesses. Le logo « Aliments du Québec » et ses déclinaisons ne sont pas de simples autocollants ; ils représentent un pacte de confiance entre le producteur, le chef et le consommateur. Lorsqu’un restaurant met en avant ce label, il ne fait pas que de la promotion : il s’engage dans une démarche de transparence traçable. Pour le convive, repérer ce logo sur un menu ou sur le site d’un établissement est le premier indice d’un engagement sérieux envers le terroir québécois.
La force de ce programme réside dans son processus de vérification rigoureux. Il ne s’agit pas d’une auto-déclaration. Chaque produit est analysé individuellement pour valider son origine. Pour la déclinaison la plus exigeante, « Aliments préparés au Québec », non seulement l’essentiel des ingrédients doit être québécois, mais la transformation doit aussi avoir lieu dans la province. Cette rigueur a permis à l’organisme de certifier environ 30 000 produits, créant un écosystème de confiance.
Cette démarche a même atteint une reconnaissance internationale, comme l’affirme Isabelle Roy, directrice générale d’Aliments du Québec, dans un communiqué sur cette certification unique au Canada :
Chaque aliment fait l’objet d’une vérification individuelle, appuyée par des pièces justificatives. L’obtention de la certification ISO vient ainsi confirmer la solidité de notre processus de vérification unique au Canada.
– Isabelle Roy, directrice générale d’Aliments du Québec, Communiqué sur la certification ISO 9001:2015
Pour le gastronome, cela signifie que lorsqu’un chef annonce un « cerf du Québec » ou une « courge de nos artisans », le logo agit comme un tiers de confiance. Il garantit que l’on ne déguste pas seulement une histoire, mais une réalité géographique et économique vérifiable. C’est la différence entre le marketing de terroir et le véritable approvisionnement de terroir. Savoir reconnaître et questionner la présence de ce label est donc un outil critique pour évaluer le sérieux de la démarche d’un restaurant.
Une fois la confiance dans le produit établie, reste à affronter l’obstacle le plus redouté : l’accès à ces tables d’exception.
L’erreur d’espérer une table au Pied de Cochon le samedi soir sans réserver 2 mois avant
Le mythe de l’inaccessibilité des grandes tables québécoises, incarné par la difficulté d’obtenir une réservation au Pied de Cochon, est une réalité qui décourage souvent les gastronomes. Cependant, considérer cet obstacle comme une fatalité est une erreur de perspective. Le gastronome avisé ne subit pas le système ; il le contourne avec intelligence. L’obsession pour « le » restaurant iconique occulte une réalité bien plus riche : la cuisine boréale d’excellence s’exprime à travers un écosystème d’établissements aux philosophies complémentaires.
Plutôt que de viser la table la plus médiatisée aux heures de pointe, la stratégie consiste à explorer les alternatives. Plusieurs options s’offrent à l’initié. Premièrement, viser les jours et horaires « anti-rush » : un mardi soir ou un service du midi offre non seulement une meilleure chance d’obtenir une table, mais aussi une expérience plus sereine et propice à l’échange avec le personnel. Deuxièmement, demander une place au bar ou au comptoir. Ces sièges, souvent réservés aux réservations de dernière minute, proposent une proximité fascinante avec la brigade en action, transformant le repas en spectacle.
Enfin, et c’est là que la connaissance du milieu fait la différence, il faut explorer les « projets annexes » et les établissements cousins. Des restaurants comme Chez Boulay à Québec ou Légende proposent une cuisine boréale d’un raffinement exceptionnel avec une accessibilité parfois plus grande. Des lieux comme les restaurants Nord des Strøm Spa ou Bivouac à Montréal créent des expériences où la gastronomie dialogue avec un cadre unique. S’inscrire aux infolettres de ces restaurants est une tactique éprouvée pour être alerté des annulations ou des événements spéciaux (soupers thématiques, festivals), qui sont autant de portes d’entrée dérobées dans cet univers convoité.
L’accès à la table n’est que la moitié du chemin. Pour une expérience parfaite, il faut aussi maîtriser le calendrier des saveurs, surtout pour les produits les plus emblématiques de notre terroir marin.
Crabe des neiges ou homard des Îles : quelle est la meilleure saison pour chaque crustacé ?
En matière de cuisine boréale, la saisonnalité n’est pas une coquetterie, c’est un dogme. Nulle part cette vérité n’est plus évidente qu’avec les crustacés du Saint-Laurent. Commander du crabe des neiges en août ou du homard des Îles en décembre n’est pas seulement une hérésie gastronomique, c’est l’assurance d’une expérience déceptive. Le gastronome éclairé sait que la qualité de ces produits n’est pas constante ; elle est une courbe qui atteint son apogée sur une période très courte et précise. Pour le crabe des neiges, ce pic se situe en avril. C’est à ce moment, juste après l’hiver, que le crustacé est le plus « plein », sa carapace remplie d’une chair ferme, délicate et d’une saveur riche, avant qu’il n’entame sa mue qui la rendra plus aqueuse.
Le homard, quant à lui, connaît sa pleine saison de début mai à fin juin. C’est durant cette fenêtre que l’on trouve le fameux homard à carapace dure, gage d’une chair dense, sucrée et abondante. En dehors de cette période, on risque de tomber sur un homard en période de mue, à la carapace molle et à la chair moins savoureuse. L’importance économique de ces pêches saisonnières est colossale, à tel point que le crabe des neiges représentait 34% du volume et 45% de la valeur des débarquements du Québec en 2022, un poids qui souligne le caractère précieux de ce produit.
Cette connaissance du calendrier est une arme redoutable pour le client. Elle lui permet de questionner le menu, de jauger le sérieux de l’approvisionnement du chef et de s’assurer de déguster le produit à son apogée absolue, comme le précise ce calendrier des pêches saisonnières.
| Crustacé | Zones de pêche principales | Période de saison (fraîcheur maximale) | Pic de fraîcheur | Impact sur texture et goût |
|---|---|---|---|---|
| Crabe des neiges | Bas-Saint-Laurent, sud du golfe du Saint-Laurent (zone 17) | Fin mars à fin juin | Avril (période de pleine chair) | Chair blanche ferme mais tendre et délicate, saveur riche. Meilleure texture en début de saison avant la mue. |
| Homard | Gaspésie, Îles de la Madeleine, île d’Anticosti | Début mai à fin juin (68 jours) | Mai (homard à carapace dure) | Vendu principalement frais. Chair plus dense et sucrée en début de saison. Éviter période de mue (carapace molle, chair aqueuse). |
L’image d’un pêcheur tenant ce trésor orangé sur la glace n’est pas qu’une simple photo ; elle symbolise l’instant précis de la capture, ce moment fugace où la fraîcheur est absolue. C’est cet instant que le gastronome recherche dans son assiette.
Ce respect scrupuleux des cycles naturels nous amène à la source même de la cuisine boréale : la cueillette.
Myrtilles ou plantes toxiques : comment cueillir des petits fruits en sécurité ?
L’idée romantique de la cueillette sauvage, prolongeant l’expérience du restaurant par une excursion en forêt, est séduisante. Cependant, elle est aussi porteuse de risques considérables. Le gastronome qui s’aventure sur ce terrain doit abandonner toute improvisation et adopter une discipline quasi scientifique. La règle absolue est simple et non négociable : l’identification d’une plante doit être certaine à 100%. L’approximation n’a pas sa place, car de nombreuses baies sauvages comestibles ont des « faux amis » hautement toxiques. Se fier uniquement à une application mobile ou à un livre est une imprudence ; la seule approche responsable est d’apprendre auprès d’un expert reconnu (herboriste, mycologue, membre d’une communauté autochtone) lors d’un atelier guidé.
Au-delà de l’identification, la cueillette est régie par un ensemble de règles éthiques et légales. Il est interdit de cueillir dans les parcs nationaux et les réserves naturelles, et les propriétés privées exigent une autorisation. De plus, il faut impérativement éviter les zones polluées comme les bords de route, où les plantes accumulent des métaux lourds. La provenance, ici, n’est plus une question de terroir, mais de sécurité sanitaire. C’est cette connaissance profonde du territoire qui distingue le cueilleur averti, comme le souligne le Répertoire du patrimoine culturel du Québec :
La cueillette demande une bonne connaissance du territoire. Tout comme la chasse et la pêche, c’est l’occasion de fréquenter le territoire, de renforcer les liens communautaires, de transmettre des savoirs traditionnels écologiques.
– Répertoire du patrimoine culturel du Québec, Fiche sur la cueillette des petits fruits chez les Premières Nations
L’éthique de la récolte est tout aussi cruciale, une leçon que les grands chefs appliquent avec rigueur.
Étude de Cas : L’éthique de récolte responsable des chefs boréaux
Les chefs de la haute cuisine boréale, à l’image d’Arnaud Marchand de Chez Boulay, appliquent une règle stricte inspirée des savoirs autochtones : ne jamais récolter plus de 20% d’une talle pour garantir sa régénération. Cette pratique est vitale pour des espèces fragiles comme l’ail des bois, dont une cueillette irresponsable peut détruire une colonie entière. Ces chefs ne cueillent d’ailleurs que rarement eux-mêmes, préférant collaborer avec des cueilleurs professionnels formés qui partagent cette éthique. Cette chaîne d’approvisionnement garantit non seulement la pérennité de la ressource, mais aussi une qualité et une traçabilité irréprochables, assurant que le gingembre sauvage ou le nard des pinèdes dans l’assiette n’a pas été prélevé au détriment de l’écosystème.
Checklist de sécurité : votre protocole pour la cueillette sauvage
- Identification formelle : Suis-je capable d’identifier la plante à 100% et de la différencier de ses sosies toxiques ? Ai-je suivi une formation avec un expert ?
- Vérification réglementaire : Le lieu de cueillette est-il autorisé ? Ai-je vérifié qu’il ne s’agit ni d’un parc national, ni d’une réserve, ni d’une propriété privée sans permission ?
- Statut de l’espèce : L’espèce est-elle protégée ou menacée au Québec ? Ai-je consulté les listes officielles et les quotas de récolte autorisés ?
- Analyse de la zone : La zone est-elle saine ? Est-elle à distance suffisante des routes, des zones industrielles ou des champs agricoles traités aux pesticides ?
- Principe de prélèvement : Vais-je respecter la règle de ne prélever qu’une petite partie de la ressource (max 20%) pour assurer sa survie et sa régénération ?
Cette philosophie de respect et de lenteur ne s’arrête pas à la porte de la cuisine ; elle infuse l’expérience tout entière.
L’erreur de parler fort dans les bains scandinaves qui brise la règle de silence
Le lien entre un bain scandinave et un restaurant boréal peut sembler ténu, mais il est en réalité fondamental. L’un et l’autre sont des expressions d’une même philosophie contemplative héritée de la nordicité. L’erreur de parler fort dans un spa, brisant la règle sacrée du silence, est de même nature que celle de survoler un plat boréal sans en sonder les saveurs. Dans les deux cas, on passe à côté de l’essentiel : une expérience sensorielle qui exige présence et attention. Le silence dans un spa n’est pas une simple règle, c’est une condition nécessaire à la détente du corps et à l’apaisement de l’esprit. De la même manière, une dégustation attentive, presque méditative, est la condition pour percevoir la complexité d’un plat boréal.
Des établissements comme les Strøm Spa Nordique l’ont parfaitement compris en intégrant des restaurants, les Nord, à même leurs installations. Cette démarche n’est pas un simple ajout de service, c’est une extension logique de l’expérience.
Étude de Cas : La continuité sensorielle des restaurants Nord des Strøm Spa
Les restaurants Nord, ouverts au public, incarnent la fusion parfaite entre l’expérience thermale et gastronomique. Le menu, évoluant au gré des saisons, prolonge la philosophie du spa : après avoir apaisé le corps par le cycle chaud-froid-repos et par le silence, on éveille les papilles avec des saveurs complexes qui invitent à la contemplation. Un plat infusé au thé du Labrador ou relevé de poivre des dunes n’est plus seulement un aliment, il devient le prolongement de l’immersion dans la nature. L’architecture épurée, le rythme posé du service, tout est conçu pour maintenir cet état de présence attentive cultivé dans les bains. Le repas devient le dernier maillon d’un rituel holistique, une transition douce du silence extérieur à l’écoute des saveurs intérieures.
Cette approche est partagée par d’autres temples de la gastronomie boréale. Comme le souligne Zeste à propos du restaurant Légende :
Mettant en valeur les épices, les fleurs et les plantes boréales, le restaurant Légende vous offrira une expérience sensorielle incomparable. Tous leurs plats sont le fruit d’une recherche visuelle, olfactive et gustative, qui sauront stimuler tous vos sens.
– Zeste, Article sur les meilleurs restaurants de cuisine boréale au Québec
Le gastronome qui recherche l’expérience ultime doit donc chercher ces lieux où la table n’est pas une fin en soi, mais une composante d’une proposition sensorielle plus vaste. Il doit aborder le repas avec le même état d’esprit qu’une visite au spa : en laissant le bruit du monde à l’extérieur pour mieux écouter ce que l’assiette a à lui dire.
Cette élévation de la gastronomie à une expérience quasi spirituelle trouve son aboutissement logique lorsqu’elle rencontre le monde de l’art.
À retenir
- La grammaire du goût boréal repose sur la maîtrise des signatures aromatiques des épices sauvages, la logique de progression des gibiers et la dictature de la saisonnalité des crustacés.
- La confiance est un ingrédient clé : le logo « Aliments du Québec » et l’éthique de cueillette des chefs sont des garanties de traçabilité et de durabilité à rechercher activement.
- L’expérience gastronomique boréale ultime transcende l’assiette pour devenir une expérience sensorielle contemplative, liant le silence du spa à la lecture attentive du plat.
Où découvrir la scène artistique émergente de Montréal en dehors du Quartier des Spectacles ?
La réponse la plus raffinée à cette question pourrait bien se trouver… dans une assiette. L’idée que la gastronomie est une forme d’art n’est pas nouvelle, mais dans le contexte de la cuisine boréale, elle prend une dimension particulièrement littérale. Les chefs ne sont plus de simples cuisiniers ; ils deviennent des artistes du terroir, des curateurs de saveurs et des metteurs en scène d’expériences. Le restaurant, lui, se transforme en galerie, où chaque plat est une œuvre éphémère, une installation qui dialogue avec l’architecture du lieu, le design de la vaisselle et la lumière ambiante.
Cette fusion de l’art et de la table est particulièrement palpable dans des établissements qui choisissent délibérément de s’implanter au cœur de la vie culturelle, non pas pour en être un simple voisin, mais pour en devenir un acteur à part entière. Ils offrent une alternative à la galerie traditionnelle en proposant une immersion artistique multisensorielle.
Étude de Cas : Le Bivouac, quand le restaurant devient galerie
Situé au cœur du Quartier des Spectacles de Montréal, le restaurant Bivouac, sous la houlette du chef Xavier Dahan, est un exemple magistral de cette convergence. Le décor, signé par le réputé Atelier Zébulon Perron, n’est pas un simple habillage mais une œuvre immersive qui prépare le convive à l’expérience. Plus encore, le dressage des plats transcende la simple présentation. Une assiette peut évoquer un sous-bois après la pluie, une autre un paysage de toundra. Le chef utilise les couleurs, les textures et les volumes pour composer une toile comestible. La terrasse, avec sa vue plongeante sur la Place des Arts, crée un dialogue permanent entre l’assiette et la scène culturelle. Déguster un plat au Bivouac, ce n’est pas seulement manger boréal, c’est assister à une performance où le produit du terroir québécois est le médium principal de l’artiste-chef.
Ainsi, pour le gastronome en quête de la scène émergente, fréquenter ces restaurants-galeries est une démarche pertinente. Il y découvre non seulement le travail de chefs-artistes, mais aussi celui des designers, des céramistes et des architectes qui contribuent à créer ces écrins. C’est une façon de prendre le pouls de la créativité québécoise dans ce qu’elle a de plus holistique, là où le beau et le bon ne font plus qu’un.
Appliquez dès maintenant cette grille de lecture pour transformer votre prochaine dégustation en une véritable exploration du terroir artistique et gastronomique québécois.