Canot chargé de barils bleus navigant sur une rivière bordée de forêts boréales au Québec
Publié le 10 mai 2024

Votre autonomie en rivière ne dépend pas du contenu de vos barils, mais de votre capacité à anticiper les pires scénarios et à lire l’environnement.

  • Les barils rigides sont non-négociables contre la faune et les intempéries ; ils surpassent de loin les sacs secs pour la nourriture.
  • Le choix du cours d’eau (calme ou technique) dicte toute la complexité logistique de l’expédition, du portage à la gestion des urgences.
  • La gestion de l’eau, qu’il s’agisse de purifier l’eau potable ou d’éliminer les eaux grises, est une question de survie et de respect de l’écosystème.

Recommandation : Adoptez une mentalité de « redondance intelligente » où chaque équipement a plusieurs fonctions et chaque risque est couvert, plutôt que de simplement accumuler du matériel.

Se retrouver seul au monde, au milieu d’une rivière sauvage, avec pour seule compagnie le clapotis de l’eau sur la coque et le cri d’un huard au loin. C’est la promesse du canot-camping en autonomie. Mais cette liberté a un prix : la préparation. Beaucoup d’aventuriers se perdent dans des listes de repas lyophilisés au gramme près, ou dans le choix de la couleur de leur nouveau sac étanche. Ils se concentrent sur le « quoi », en oubliant l’essentiel : le « comment » et, surtout, le « pourquoi ». La véritable expertise ne se mesure pas au poids du sac, mais à la capacité de jugement face à l’imprévu.

La réussite d’une expédition de cinq jours ne réside pas dans la perfection de votre liste de matériel, mais dans votre capacité à penser comme la rivière elle-même : anticiper ses pièges, lire ses signaux et faire de ses contraintes vos atouts. C’est un état d’esprit, une approche systémique du risque et de l’environnement. Cet état d’esprit est votre meilleur équipement. Il ne s’agit pas de survivre, mais de vivre en harmonie avec un milieu qui impose ses propres règles. Vous devez maîtriser les techniques de portage, comprendre la physique d’un baril étanche face à un ours, et savoir où planter votre tente pour ne pas vous réveiller les pieds dans l’eau.

Ce guide n’est pas une simple checklist. C’est une feuille de route pour développer votre jugement d’expert. Nous allons décortiquer ensemble les décisions critiques qui font la différence entre une simple balade et une véritable expédition réussie, de la sélection de votre terrain de jeu à la communication en cas d’urgence absolue.

Cet article va vous guider à travers les décisions stratégiques à prendre pour une expédition réussie. Découvrez les points essentiels pour transformer votre aventure en une expérience maîtrisée et inoubliable.

Rivière Rouge ou Jacques-Cartier : quel cours d’eau choisir pour un niveau débutant ?

Le choix de la rivière est la première décision stratégique. Elle conditionne tout le reste : le matériel, le niveau d’effort, et le type de risques que vous rencontrerez. Pour un groupe avec une expérience intermédiaire, deux options populaires au Québec illustrent parfaitement ce dilemme : la Rivière Rouge et la Jacques-Cartier. La première est une introduction douce à l’autonomie, tandis que la seconde, bien que possédant des sections calmes, exige déjà une meilleure lecture de l’eau. Ne sous-estimez jamais un cours d’eau, même classé « facile ». La météo peut transformer une rivière placide en un défi inattendu.

La Rivière Rouge, avec ses larges méandres et ses nombreuses plages de sable, est parfaite pour une première expérience de 5 jours. L’absence quasi totale de portage et la facilité d’accès en font un terrain de jeu où l’on peut se concentrer sur la logistique du campement et la gestion du ravitaillement sans ajouter la complexité de rapides techniques. La Jacques-Cartier, en revanche, offre un tout autre caractère. Encaissée dans une vallée glaciaire spectaculaire, elle procure un sentiment d’isolement bien plus prononcé. Ses sections de rapides (classe I-II) sont d’excellents ateliers pour apprendre les manœuvres de base en eau vive, mais elles exigent une vigilance constante et une bonne coordination.

Votre choix doit être honnête et basé sur le niveau réel du membre le moins expérimenté de votre groupe. L’objectif n’est pas la performance, mais la sécurité et le plaisir. Le tableau comparatif suivant, basé sur des analyses de parcours canotables au Québec, résume les points clés pour vous aider à décider.

Comparaison Rivière Rouge vs Jacques-Cartier pour débutants
Critère Rivière Rouge Rivière Jacques-Cartier
Difficulté Eau calme, accessible à tous Sections calmes et rapides, bon pour apprendre les manœuvres de base
Distance parcours 9 à 27 km selon le parcours 26 km navigables dans le parc national
Ambiance Rivière ouverte avec nombreuses plages de sable Vallée glaciaire encaissée de 550 m de profondeur, isolement total
Portage Généralement aucun portage requis Portages possibles selon le niveau d’eau
Accès d’urgence Navette disponible, proximité Mont-Tremblant Parc national avec accueil et services
Points forts Idéal pour relaxer, arrêts baignade fréquents Patrimoine des rivières canadiennes, paysages spectaculaires

Pour évaluer correctement votre niveau, une relecture honnête de ces critères de différenciation est un excellent point de départ.

En fin de compte, la meilleure rivière pour vous est celle qui correspond à votre seuil de risque acceptable et à vos objectifs. Cherchez-vous la détente ou le défi technique ? La réponse dictera votre destination.

Portage du canot : les techniques pour ne pas vous briser le dos sur 2 kilomètres

Le portage est le moment de vérité d’une expédition. C’est là que le poids de chaque décision d’équipement se fait sentir, littéralement, sur vos épaules. Un portage de deux kilomètres peut sembler anodin sur une carte, mais sur un sentier accidenté, avec un canot de 35 kg et 30 kg de matériel, il se transforme en une épreuve d’endurance et de technique. La clé n’est pas la force brute, mais l’efficacité et la prévention des blessures. La blessure la plus fréquente en portage est celle qui aurait pu être évitée par une meilleure technique ou un meilleur équipement.

L’erreur du débutant est de vouloir tout transporter en un seul voyage pour « gagner du temps ». C’est le chemin le plus court vers l’épuisement ou la blessure. Les guides expérimentés connaissent la méthode du « trip-and-a-half » (un voyage et demi) : vous transportez la première moitié du matériel (souvent le canot) jusqu’au bout du sentier, puis revenez à mi-chemin pour prendre la deuxième charge. Cela semble contre-intuitif, mais réduit la fatigue globale et les risques de chute sur un terrain que vous parcourez alors pour la deuxième fois. Le choix des chaussures est également critique : des sandales d’eau sont une invitation à la cheville tordue. Des chaussures de randonnée robustes avec un bon support sont non-négociables.

Maîtriser le levage du canot est fondamental. La technique à deux personnes est toujours préférable. Si vous êtes seul, apprenez le « flip » qui utilise l’effet de levier pour amener le canot sur vos épaules en un mouvement fluide, plutôt que de forcer avec le dos. Un joug (le support central du canot) bien rembourré est un investissement qui change radicalement l’expérience. Voici les étapes à intégrer dans votre routine de portage :

  1. Choisir un canot léger : Un surplus de 5 kg peut faire une énorme différence sur 2 km de portage. Chaque kilo compte.
  2. Utiliser un joug confortable et rembourré : Investir dans un coussin de joug de qualité pour réduire la pression sur les trapèzes et les vertèbres cervicales.
  3. Maîtriser la technique du levage à deux personnes : C’est plus sûr et beaucoup plus facile que de tenter de retourner le canot seul pour le placer sur les épaules.
  4. Porter des chaussures de soutien adaptées au terrain accidenté : Privilégiez des chaussures de randonnée montantes pour protéger les chevilles.
  5. Utiliser la méthode du « trip-and-a-half » sur les longs portages : Transportez une charge (ex: le canot) à mi-parcours, déposez-la, revenez chercher le reste, et faites le trajet complet. Cela casse la monotonie et réduit la fatigue.
  6. Répartir le poids avec des sacs à dos bien ajustés : Ne tentez pas de tout transporter en un seul voyage sans l’équipement et l’expérience nécessaires.

Assimiler ces techniques de portage sécuritaire est aussi crucial que de savoir pagayer. C’est une compétence à part entière.

Le portage n’est pas une punition, c’est une partie intégrante de l’aventure. En l’abordant avec technique et intelligence plutôt qu’avec force, il devient une transition respectueuse entre deux plans d’eau, et non la cause de l’abandon de votre expédition.

Barils bleus étanches : pourquoi sont-ils supérieurs aux sacs secs pour la nourriture ?

En matière de gestion de la nourriture en autonomie, le débat entre les sacs secs (dry bags) et les barils bleus en polyéthylène est tranché pour tout guide expérimenté. Les sacs secs sont excellents pour les vêtements et le matériel de couchage. Pour la nourriture, ils sont une fausse bonne idée. Le baril n’est pas une option, c’est une nécessité. Sa supériorité ne réside pas seulement dans son étanchéité, mais dans sa triple fonction : protection anti-faune, protection anti-écrasement et polyvalence au camp.

Un sac sec, même le plus robuste, n’est qu’un tissu. Un rongeur motivé le percera en quelques minutes, attiré par l’odeur de vos provisions. Un ours n’aura aucune difficulté à le déchiqueter. Un baril bleu, avec son cerceau de métal bien fermé, est pratiquement hermétique aux odeurs et sa structure rigide en polyéthylène haute densité résiste aux tentatives de la petite et moyenne faune. Il protège également votre nourriture de l’écrasement lorsque vous manipulez le matériel ou lors d’un chavirage. Imaginez vos biscuits et votre pain transformés en une masse informe au fond d’un sac compressé. Avec un baril, ce problème n’existe pas. Les recommandations d’experts indiquent d’ailleurs qu’un canot régulier de 16 pieds peut contenir un maximum de 4 barils de 60 L au centre et 2 barils de 30 L dans les pointes, ce qui démontre leur intégration standard dans la planification.

Au-delà de la protection, le baril devient un outil central de la vie de camp. Il sert de siège, de table d’appoint, de surface de préparation pour la cuisine et, en cas d’urgence, sa flottabilité en fait un excellent dispositif de flottaison. C’est un parfait exemple d’efficacité pondérale : un seul objet, de multiples fonctions vitales. Cette polyvalence justifie amplement son poids et son encombrement par rapport à un sac sec.

Étude de cas : La protection anti-faune des barils étanches

L’efficacité des barils de canot en polyéthylène haute densité pour la protection contre la faune est bien documentée. Comme le soulignent des analyses de terrain partagées par des pourvoyeurs comme The Trip Shed, s’ils sont correctement fermés, ils sont hermétiques et quasi inodores. Les rongeurs, tels que les porcs-épics ou les tamias, ne peuvent pas les mâcher, contrairement aux sacs en tissu. Bien que des cas exceptionnels d’ours ayant réussi à endommager des barils aient été rapportés, notamment dans le parc Algonquin, ces incidents restent rares et soulignent surtout l’importance capitale de ne jamais laisser de nourriture sans surveillance et de maintenir un campement impeccable. Dans la très grande majorité des cas, le baril constitue une forteresse efficace qui assure la sécurité de vos précieuses calories.

L’analyse de la supériorité structurelle du baril démontre que le choix de l’équipement doit être guidé par la gestion des risques réels, pas seulement par le poids.

Choisir un baril, c’est adopter une approche professionnelle de la gestion alimentaire. C’est reconnaître que la faune fait partie de l’équation et que la protection de votre nourriture est aussi vitale que la protection de vous-même.

L’erreur de laver sa vaisselle directement dans la rivière qui pollue l’eau potable

C’est une scène que l’on voit trop souvent : des campeurs bien intentionnés qui frottent leur gamelle au bord de l’eau, laissant savon et résidus alimentaires se diluer dans la rivière. C’est une erreur fondamentale qui trahit une incompréhension de l’écosystème dans lequel ils évoluent. En autonomie, la rivière n’est pas un évier. Elle est votre unique source d’eau potable. Chaque goutte de savon, même biodégradable, et chaque particule de nourriture que vous y introduisez contribue à polluer l’eau que vous, et ceux en aval, devrez boire.

Le principe de « Sans Trace » n’est pas un slogan, c’est une doctrine de survie. Le savon biodégradable n’est pas magique ; il nécessite une filtration par le sol pour se décomposer correctement. Le jeter directement dans l’eau court-circuite ce processus et nuit à la vie aquatique. De plus, les résidus de nourriture attirent les animaux indésirables près de votre campement et de la source d’eau. La bonne pratique est un système en trois étapes qui s’effectue toujours à bonne distance de la berge.

La technique consiste à utiliser un minimum d’eau et de savon dans un contenant dédié (une petite bassine pliable ou même votre plus grande casserole), puis de disposer des « eaux grises » de manière responsable. Cela signifie creuser un « trou à puisard » à au moins 50 mètres de toute source d’eau. Ce trou, rempli de terre et de matière organique, agit comme un filtre biologique naturel. L’eau y est versée, et le sol fait le travail de purification. Tous les résidus solides doivent être récupérés et traités comme des déchets à remporter.

Cette image illustre parfaitement le principe de dispersion. L’eau est rendue à la terre, qui la filtre et la nettoie, préservant ainsi l’intégrité de la rivière. C’est un geste simple mais fondamental qui sépare l’amateur du véritable expert de la vie en nature.

Votre plan d’action : système de vaisselle sans trace en 3 étapes

  1. Laver à distance : Utilisez un contenant dédié (bassine ou grande casserole) à plus de 50 mètres de la rive. Une seule goutte de savon biodégradable et un peu d’eau chaude suffisent. Frottez avec vos doigts ou une petite éponge.
  2. Rincer méthodiquement : Rincez chaque élément avec de l’eau claire, toujours au-dessus de votre contenant de lavage pour récupérer toute l’eau savonneuse. Ne rincez jamais directement dans la rivière.
  3. Filtrer les eaux grises : Creusez un trou de 20 cm de profondeur à 50 mètres de l’eau. Filtrez les eaux grises à travers un bandana pour récupérer les résidus alimentaires solides (à jeter dans votre sac à déchets), puis versez l’eau dans le trou et rebouchez-le.
  4. Gérer les résidus solides : Grattez et récupérez tous les restes de nourriture avant de commencer à laver. Ces déchets doivent être emportés avec vous, jamais jetés dans la nature ou le feu.
  5. Sécher et ranger : Laissez sécher la vaisselle à l’air libre sur un linge propre ou suspendez-la dans un sac en filet avant de la ranger pour éviter la moisissure et les odeurs.

Intégrer ce protocole de gestion de l'eau dans votre routine quotidienne est un signe de respect pour l’environnement qui vous accueille.

En traitant l’eau avec respect, vous assurez non seulement votre propre santé, mais aussi celle de l’écosystème fragile qui rend votre aventure possible. C’est l’essence même de l’autonomie responsable.

Où monter sa tente sur la berge pour éviter d’être inondé en cas de crue nocturne ?

Le choix de l’emplacement du campement est la décision la plus critique que vous prendrez chaque soir. Une vue magnifique au ras de l’eau peut se transformer en un piège mortel en quelques heures. Une pluie diluvienne à 50 kilomètres en amont peut provoquer une montée des eaux soudaine et rapide, même sous un ciel étoilé. La première règle du campement en bord de rivière est de ne jamais faire confiance au niveau actuel de l’eau. Vous devez apprendre à lire les signes que la rivière laisse derrière elle.

L’erreur classique est de s’installer sur une belle plage de sable ou une prairie herbeuse juste au bord de l’eau. Ces endroits sont souvent des zones inondables. Votre travail de détective commence dès que vous accostez. Cherchez activement les indices de crues passées. Observez les troncs d’arbres : y a-t-il des débris (branches, herbes) coincés en hauteur ? Regardez les rochers : voyez-vous des lignes de sédiments ou de décoloration qui indiquent les niveaux d’eau maximaux ? La végétation est aussi un excellent indicateur. L’herbe couchée dans la même direction, loin du bord, est un signe clair qu’elle a été balayée par un courant puissant. Votre tente doit être montée au-dessus de la ligne de crue la plus haute que vous pouvez identifier. Cela signifie souvent camper plus loin dans la forêt, sur un terrain moins « parfait » mais infiniment plus sûr.

Le terrain lui-même doit être analysé. Un sol légèrement surélevé, même de 30 à 50 centimètres par rapport à la zone environnante, peut faire toute la différence. Privilégiez un sol qui draine bien (comme une pinède sur un sol sablonneux) plutôt qu’une cuvette argileuse qui se transformera en marécage à la première averse. Pensez également à l’orientation : positionnez l’ouverture de votre tente à l’abri du vent dominant de la vallée pour éviter que la pluie ne s’y engouffre et que la fumée de votre feu ne vous envahisse.

  • Identifier les indices de crue récente : Cherchez les débris dans les branches basses, les lignes de sédiments sur les rochers, et la végétation couchée dans le sens du courant.
  • Évaluer le niveau maximal historique : Votre tente doit impérativement être installée au-dessus de la ligne de crue la plus haute que vous pouvez repérer.
  • Tester la stabilité du sol : Évitez les berges sablonneuses ou argileuses instables. Privilégiez un sol drainant et légèrement surélevé.
  • Analyser l’orientation au vent : Positionnez l’entrée de la tente à l’abri du vent dominant pour le confort et la sécurité (fumée du feu).
  • Anticiper la météo en amont : Si des pluies importantes sont annoncées dans les montagnes, attendez-vous à une montée des eaux rapide, même si le temps est clément sur votre position.

Le choix de l’emplacement est un exercice de lecture de l'environnement et d'anticipation, la compétence la plus importante d’un chef d’expédition.

Un bon emplacement de campement est un sanctuaire qui vous permet de vous reposer et de récupérer en toute sécurité. Ne laissez jamais la recherche d’une belle vue compromettre votre sécurité. La meilleure vue est celle que vous avez depuis une tente sèche et sécurisée.

Hélicoptère en forêt : qui paie la facture de 10 000 $ si vous vous perdez ?

La question de la facturation des secours en forêt est entourée de mythes. L’image de l’hélicoptère qui arrive pour vous treuiller est souvent associée à une facture exorbitante. Au Québec, la réalité est plus nuancée, mais repose sur un principe fondamental : le sauvetage n’est pas un service de taxi. La gratuité des services de recherche et sauvetage (SAR) menés par la Sûreté du Québec ou les Forces armées canadiennes est la norme, mais cette gratuité n’est pas un droit inconditionnel.

En règle générale, si vous êtes en détresse légitime (blessure, perte d’orientation malgré toutes les précautions), les coûts des opérations de recherche et de sauvetage sont pris en charge par l’État. L’objectif est de sauver des vies, pas de faire des profits. Cependant, la notion de négligence grave entre en ligne de compte. Si une enquête démontre que vous vous êtes aventuré de manière totalement imprudente – sans carte, sans boussole ou GPS, sans équipement adéquat, en ignorant les avertissements météo, ou sous l’influence de l’alcool ou de drogues – la situation peut changer. Bien que les poursuites pour recouvrer les coûts soient rares, elles ne sont pas impossibles, surtout si votre imprudence a mis en danger la vie des sauveteurs.

Plus concrètement, ce qui est souvent facturé, ce sont les services ambulanciers et le transport médical une fois que vous êtes sorti de la zone de danger. Une évacuation par hélicoptère médicalisé n’est pas la même chose qu’un treuillage par un hélicoptère de recherche. De plus, si vous avez une assurance voyage ou une assurance personnelle, elle peut être sollicitée pour couvrir ces frais. Le message à retenir n’est pas de craindre la facture, mais de tout faire pour ne jamais avoir à se poser la question. Cela passe par une planification méticuleuse : laisser un plan d’itinéraire détaillé à un proche, connaître ses limites, avoir le bon équipement et, surtout, posséder un moyen de communication d’urgence fiable.

La question du coût d’un sauvetage met en lumière la responsabilité personnelle qui incombe à chaque aventurier en milieu isolé.

En définitive, la meilleure façon d’éviter une facture de 10 000 $ n’est pas de connaître les subtilités juridiques, mais de devenir si compétent et préparé que l’appel à l’aide reste une option de tout dernier recours, et non une conséquence prévisible de votre manque de préparation.

Téléphone satellite : est-ce indispensable pour un séjour isolé en pourvoirie ?

La réponse est sans équivoque : oui. Pour une expédition en autonomie complète, loin de toute infrastructure, un téléphone satellite ou un dispositif de communication par satellite n’est pas un luxe, c’est une composante essentielle et non-négociable de votre système de sécurité. L’idée qu’on peut s’en passer relève d’une vision romantique et dangereuse de l’aventure. En 2024, partir pour 5 jours en autonomie sans un moyen fiable de contacter les secours est une forme de négligence.

Il est crucial de comprendre la différence entre les différents appareils. Les balises de détresse personnelles (PLB – Personal Locator Beacon) comme le SPOT, dans ses versions de base, ne permettent qu’une communication à sens unique : vous pouvez envoyer un signal de « OK » ou un SOS. C’est mieux que rien, mais c’est limité. En cas de SOS, les secours sont déclenchés, mais ils ne savent rien de la nature de l’urgence. Est-ce une cheville foulée ou une hémorragie interne ? Ont-ils besoin d’envoyer une équipe médicale ou une simple équipe au sol ?

Le véritable changement de paradigme vient des communicateurs satellites bidirectionnels (comme le Garmin inReach) ou des téléphones satellites. Ces appareils vous permettent d’avoir une conversation par texte ou par voix avec les services d’urgence. Vous pouvez décrire la situation, le nombre de personnes impliquées, la nature exacte des blessures. Cette information est capitale pour les secours, leur permettant d’envoyer les ressources appropriées, et peut littéralement faire la différence entre la vie et la mort. Vous pouvez aussi communiquer avec votre contact à terre pour l’informer d’un simple retard dû à la météo, évitant ainsi de déclencher une opération de recherche inutile et coûteuse. C’est un outil de gestion de crise, pas seulement un bouton panique.

L’investissement de quelques centaines de dollars et un abonnement mensuel modeste sont un prix dérisoire à payer pour la tranquillité d’esprit et la capacité de gérer une situation critique de manière efficace. En autonomie, vous êtes votre propre premier répondant. Le téléphone satellite est le seul outil qui vous permet de déléguer efficacement lorsque la situation dépasse vos compétences.

À retenir

  • La supériorité du baril bleu sur le sac sec n’est pas une question de confort, mais de sécurité alimentaire et de survie face à la faune.
  • Le choix de votre emplacement de campement doit être dicté par la lecture des indices de crue sur la berge, et non par la beauté de la vue.
  • Un téléphone satellite n’est pas un gadget, c’est votre seule ligne de vie et un outil de gestion de risque non-négociable en autonomie complète.

Où observer l’orignal en milieu sauvage sans guide professionnel ?

Observer un orignal dans son habitat naturel est une expérience inoubliable, le point culminant de nombreuses expéditions. Contrairement à la croyance populaire, il n’est pas nécessaire de payer un guide pour maximiser ses chances. Il faut simplement comprendre l’animal et savoir lire le paysage. L’orignal est une créature d’habitudes et de besoins : nourriture, eau et abri. Trouvez où ces trois éléments se rencontrent, et vous trouverez l’orignal.

Les meilleurs moments pour l’observation sont le lever et le coucher du soleil. À ces heures, l’orignal est le plus actif, se déplaçant pour se nourrir. En canot, votre avantage est le silence. Pagayez doucement, près des berges, en scrutant les zones de transition entre la forêt et l’eau. Les points chauds sont les zones marécageuses, les étangs peu profonds et les baies riches en végétation aquatique. Les nénuphars et autres plantes aquatiques sont une source de nourriture de prédilection, riche en sodium. Soyez attentif aux sons : le bruit d’un animal se déplaçant dans l’eau ou mâchant de la végétation peut trahir sa présence bien avant que vous ne le voyiez.

Un autre indice précieux est la présence de « souilles ». Ce sont des dépressions boueuses où les orignaux se roulent, notamment pendant la période du rut à l’automne. Cherchez également les zones de coupes forestières récentes (1 à 5 ans). La nouvelle pousse de feuillus (bouleaux, peupliers) y est une source de nourriture abondante et facilement accessible. Enfin, la patience et le respect sont vos meilleurs outils. Lorsque vous apercevez un orignal, arrêtez immédiatement de pagayer. Restez à une distance sécuritaire (au moins 50 mètres) et ne faites jamais de mouvements brusques. N’essayez jamais de vous interposer entre une femelle et son petit. Rappelez-vous que vous êtes un invité dans son territoire.

Apprendre à repérer les signes de présence de la faune est l’une des compétences les plus gratifiantes du naturaliste autonome.

Observer un orignal n’est pas une question de chance, mais le résultat d’une approche méthodique, d’une bonne lecture de l’environnement et d’un profond respect pour la nature sauvage. C’est la récompense ultime pour l’aventurier patient et attentif.

Rédigé par Sarah-Jeanne Bouchard, Guide de plein air certifiée et naturaliste passionnée, Sarah-Jeanne est une experte des parcs nationaux (SEPAQ/Parcs Canada) et de la sécurité en milieu sauvage. Elle encadre des expéditions depuis 10 ans, du canot-camping à l'observation éthique de la faune.